vendredi 17 janvier 2014

A tale of Swords and Waves - Epilepto I



Tout a commencé par une FMC sur les bases de l’épilepsie, avec un public comateux… Très intéressé par... La météo. Il faut vous dire que le sujet n’était pas facile : les bases de l’EEG pour un public qui n’en verrait jamais. Tandis que je faisais mentalement ma liste de courses en commentant mon propre PowerPoint, et parce que le public était jeune, je me suis lancé, comme ça, dans une analogie hasardeuse sans trop savoir où cela allait me mener. Le résultat ayant été plus que probant (réveil généralisé, trompettes, pétales de fleurs, ola dans l'assistance, chaises arrachées…) j’ai décidé de la garder. Cette analogie idiote tombe bien parce que je voulais écrire ce billet sur les bases de l’epilepto pour les non neurologues sans savoir comment éviter des accidents domestiques graves, secondaires à l'affaissement brutal du lecteur sur son écran, suite à une narcolepsie aiguë.


CHAPITRE I

Oublions donc l'épilepsie, l’épilepto et même la neuro, le temps d’une analogie qui prend place dans une contrée lointaine, idéalement située au centre de… Je sais pas comment dire…. Disons des terrains au milieu ou plutôt des terres du milieu...Du monde.

En ce temps là, existaient deux royaumes, l’Occipitor et le Temporohan. En raison d’une vieille alliance forgée depuis des siècles, les Occipitoriens surveillaient une frontière et devaient avertir les Temporohirrim en cas d’apparition d’un danger.



Mais laissons ces enjeux géopolitiques de côté pour nous intéresser à la tour de guet de Tibourg, située au centre du hameau de... Tibourg, lui même à l'extrémité orientale du royaume Occipitorien, en bordure de frontière. Au-delà de Tibourg… il n’y a rien qu’une étendue désolée jusqu'à l'horizon.

Les Tibourgeois ont une vie simple de péons. Ils ramassent du bois, des cailloux et des moutons (oui chez eux les moutons poussent), boivent des bières, et disent “yes my lord” lorsqu'on les interpelle.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les tibourgeois, la géopolitique, ils s’en tapent. Ils ignorent totalement les raisons ayant conduit à la construction de cette tour de guet. Tout ce qu’ils savent c’est qu'à toute heure du jour et de la nuit ils doivent guetter et appliquer les ordres. Ces derniers sont simplissimes : le guetteur doit en permanence dire ce qu’il voit, et ce sans relâche. Les autres péons doivent s’assurer que le guetteur parle en permanence et, informer la tour de guet de Hunpeumoinloin, de ce qui se passe (c’est à dire, généralement rien).

Pour mieux comprendre cette vie fruste pour ne pas dire frustrante, approchons-nous du guetteur. Il se nomme Neuronir. C’est un gars bien, même s'il a quelques problèmes de santé, notamment une stérilité (comme tous les gens de sa famille, ce qui n’est pas un vrai problème dans la mesure où ceci les a rendu immortels).

Pendant la journée, Neuronir a donc l’obligation de décrire ce qu’il voit : des cailloux, des cailloux, le rocher, l’autre rocher, un autre caillou, un lézard, un caillou, un rocher, une pierre, un rocher, un caillou… j'arrête là, vous avez compris le principe.

Si vous comptez bien, Neuronir, a décrit plus de onze choses avant que nous ne le laissions. Et figurez vous que toutes ces choses, il les a dites en une seconde. C’est un véritable exploit , je ne suis pas sûr que vous en fassiez autant.

Pendant la nuit, ça se corse pour Neuronir, car n’étant pas nyctalope, il n’y voit rien. Mais les ordres étant les ordres, il continue de décrire ce qu’il voit : rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien. Et là encore si vous comptez bien il a vu… Rien, huit fois, toujours en une seconde.

La nuit, Neuronir se barbe tellement que pour se distraire il a pris l’habitude de faire des vocalises. Comme il lui est interdit de ne pas parler, et qu’il n’a aucune raison de se fatiguer à parler plus ou moins vite, il se distrait en modulant le son de sa voix. Il commence par dire “rien” avec une voix basse, hausse le son pendant les trois “riens” suivants, puis le diminue pour les quatre derniers “riens”, avant de recommencer.

Si vous étiez un barde, et que souhaitiez retranscrire en dessin cette ambiance sonore, vous pourriez sans doute le faire de cette façon :
ambiance sonore le jour : plus de onze sons par secondes - en musique barde on parle d’une fréquence de 11 cycles/seconde ou 11 Hertz (du nom d’un célèbre ogre mélomane).



ambiance sonore de nuit : huit sons par seconde, avec une variation d’intensité en fuseau. En musique barde on parle d’une fréquence de 8 cycles/seconde ou 8 Hertz.



Avouez que jusqu’ici cette histoire est totalement fascinante et mériterait une adaptation cinématographique en trois volets par Peter Jackson. Mais sachez que vous venez de découvrir deux rythmes EEG fondamentaux des régions occipitales : le rythme de repos, yeux fermés à 8 Hz en fuseau et le rythme d’activité supérieur à 11 Hz

Bientôt la suite avec :
- Neuronir a vu quelque chose de jamais vu !
- Les péons ne savent pas comment réagir et en discutent !
- Neuronir est-il fou ou s’est il réellement passé quelque chose ?
- Comment va réagir Hunpeumoinloin ?
- Le Temporohan va t-il se réveiller ?


La suite dans les CHAPITRE II et III ici

Si vous voulez en savoir plus, cet article fait partie de la collection suivante :
L’épilepsie et troubles apparentés


et dans la collection
Explorations et outils diagnostiques







Merci à @LiLiSiFlayme pour la relecture

1 commentaire:

  1. qcm3réponseBvraie13 mars 2015 à 19:34

    Clap ! Clap ! Signé un D3 qui aime déjà un peu plus la neuro.

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