dimanche 17 août 2014

système nerveux autonome III - des larmes et du wasabi


Après avoir fait la connaissance du syndrome de Claude Bernard Horner, et son anatomie, que certains ont décrite comme, je cite : « quand même très bordelique », il est temps de vous avouer que c’était un des modèles les plus simples. Celui de ce billet et un poil plus complexe, et là, vous avez le droit de penser que la nature a construit tout ça un peu au pif un matin où elle n’avait pas fini de dégriser. Chose étonnante, un des systèmes le plus compliqués est celui qui au fil de l’évolution nous apparaît à nous humains comme relativement accessoire. En fait c’est faux, mais comme il tombe rarement en panne, nous ne nous apercevons plus de son rôle essentiel au quotidien. Ce système n’a pas de nom propre, probablement parce qu’aucun neurologue du XIX éme n’a voulu se lancer dans une description exhaustive, qui en 2014 est toujours incomplète et approximative ! Ça peut paraitre étonnant, mais en 2014, l’anatomie du système nerveux autonome péri nasal est encore floue, ou, comme le disent les anatomistes sur un ton gêné en regardant au loin l’horizon, sujette à une grande variabilité inter individuelle.






"Cause i've seen blues skies through the tears in my êtes..."

Pour aborder le lacrymo muco salivaire (SLMS) on va dans l’ordre voir un peu d’anat simplifiée (attendez avant de dire ouf), puis voir pourquoi c’est réellement important dans la vie quotidienne, et faire un tout petit peu de pathologie.

Plus vous êtes loin de vos études de médecine, plus je vous conseille de sauter à souris jointe sur le premier chapitre pour passer directement à la suite.

1- L’anatomie.

Les systèmes nerveux autonomes, le sympa (souvenez-vous, le TOIJVAISTBOUFFER ou encore guerrier, ou encore encore, ergotrope), et le parasymap (zzzzzzBurp, ou encore d’entretien, ou encore trophotrope), ne suivent pas, mais alors pas du tout, la même organisation anatomique.

Le sympa a des noyaux situés dans la moelle avec des ganglions de relais synaptique proches de celle-ci. Dans l’exemple du jour, les noyaux se situent quelque part entre C8 et T1. Ils donnent naissance à un premier neurone qui suit un trajet très variable dans les ganglions nerveux sympathiques cervicaux, avant de faire synapse sur le plus haut d’entre eux, le bien nommé ganglion cervical supérieur. De là, naît  le deuxième neurone qui, par un trajet hasardeux en partie pericarotidien, finit par arriver aux glandes salivaires sub linguales et sub mandibulaires. Pour vous donner une idée du consensus régnant autour de la chose, les anatomistes ne sont pas d’accord entre eux pour savoir si ce deuxième neurone va également innerver les glandes lacrymales. La majorité disant non, on va faire comme eux. Le premier neurone est cholinergique, le deuxième adrénergique alpha (ça c’est pour se préparer à la pharmaco).

Le parasympa a des noyaux aux extrémités de la moelle, dans le tronc et la moelle sacrée. Ses ganglions sont proches des organes cibles. Dans le cas du SLMS, deux noyaux entrent en jeu : le noyau salivaire supérieur (accolé au noyau du VII), et le noyau salivaire inferieur (accolé au noyau du IX). Du salivaire supérieur naît un premier neurone qui va suivre le VII via le nerf intermédiaire (ou nerf accessoire de Wrisberg pour les plus anciens), traverser le ganglion géniculé et se diviser en deux grosses branches. La première va continuer son trajet en suivant les nerfs grands pétreux et le nerf ptérygoïde, pour faire synapse sur le ganglion ptérygote palatin. De là naît le deuxième neurone de la voie, qui selon qu’il a pour cible les glandes lacrymales intra orbitaires, les glandes à mucus nasal de la conque et de l’ethmoïde ou les glandes salivaire palatine, va suivre trois trajet différents via un ensemble d nerfs au noms obscurs (dont la corde du tympan) que je vous ai noté pour l’anecdote sur le schéma. La deuxième branche va poursuivre son trajet jusqu’au ganglion sub mandibulaire, où elle fait synapse avec le deuxième neurone, qui via un faisceau glandulaire arrive lui aussi sur les glandes salivaires sub linguales et sub mandibulaires, pour faire ami ami avec le faisceau sympathique.  Pour le noyau salivaire inferieur, les choses sont un peu plus simples : il envoie un premier neurone vers le ganglion otique en suivant le IX, le nerf tympanique et le pétreux inferieur. Du ganglion naît le deuxième neurone qui suit le trajet du nerf auriculo temporal (branche du V3)et finit dans la parotide. Dans le système parasympathique, le premier comme le deuxième neurone sont cholinergiques.

2-Pourquoi c’est important et comment ça marche ?

La tête et ses multiples orifices sont une des zones les plus sensibles de notre corps.

Les yeux, qui sont techniquement une projection du cerveau (la rétine c’est du cerveau, et le nerf optique n’est pas plus un nerf que le pepsi du coca), sont des instruments ultra fins, avec de milliers de micros mouvements permettant à une membrane cristalline de filtrer et focaliser la lumière. Et vous avec vos gros doigts sales et votre manie de ne pas vous protéger avec des lunettes, vous les exposez à l’air. Les systèmes nerveux autonomes sont là pour protéger (les larmes sont pleines d’anticorps), pour nettoyer et pour lubrifier le tout. Sans SLMS vous auriez des globes aveugles et rabougris, prurigineux et purulents.

Le nez, il sert à plein d’autres choses qu’à être exploré par  les doigts des gosses quand ils s’ennuient. Il permet le passage de l’air et le réchauffe. Il filtre plein de particules indésirables, et il permet de sentir. Les systèmes nerveux autonomes via le mucus, aident à humidifier l’air, permettent de bloquer les particules, aide à vous défendre avec des secrétions riches en anticorps, et solubilise les molécules odorantes ce qui leur permet d’être perçues. Sans SLMS vous auriez un nez tout sec, seriez anosmiques, et auriez de sinusites permanentes.

La bouche… on va faire simple, c’est par là que vous mangez ce qu’il vous, et ce qu’il ne vous faut pas non plus. En plus, pour le faire, vous utilisez une langue et des dents. Sans oublier que vous parlez également avec le tout (sauf si il y a de la nourriture dedans parce que là évidement on ne comprend plus rien). La salive permet d’hydrater et ramollir les aliments, de commencer à les digérer, de les désinfecter en partie  grâce à ses anticorps, et accessoirement d'aider vos dents à rester en place et à vos lèvres de siffler. Sans salive votre bouche serait… bon vous avez compris le principe.

Comment ça marche est une question fourbe : les choses ne sont pas limpides car les interactions entre les deux systèmes autonomes, ainsi que les relations entre ces deux-là et le système nerveux central sont très complexes. Il existe des niveaux de régulation :

- Locaux : par exemple entre le IX qui transmet la sensation de goût du 1/3 postérieur de la langue et stimule le noyau salivaire inferieur qui en réponse stimule la sécrétion salivaire parotidienne.

- Locaux régionaux : par exemple le VII qui transmet la sensation de goût du 1/3 antérieur de la langue, stimule le noyau salivaire supérieur, qui comme précédemment va déclencher la sécrétion de salive par les glandes sub linguales et sub mandibulaires. De plus,  les deux noyaux étant connectés, la stimulation de l’un va stimuler l’autre d’où une sécrétion globale de salive (ce qui explique que vous ne salivez pas que du haut ou que du bas selon le type d’aliments).

- Locaux multi modaux : par exemple un stimulus gustatif excessivement  intense sur la partie antérieure de la langue va non seulement vous faire saliver mais également pleurer, le noyau salivaire supérieur étant également responsable de la sécrétion lacrymale (c’est pour ça que la moutarde, le raifort ou le wasabi font pleurer).

- Supra locaux : par exemple la poussière dans l’œil, dont la sensation est véhiculée par le V, qui va en informer le III et le VII pour fermer la paupière et mobiliser les muscles péri orbitaires (action de lessivage mécanique), tandis que le VII va à son tour stimuler le salivaire supérieur pour secréter des larmes pour accélérer le nettoyage. Notez que ça marche aussi dans l’autre sens : si votre nez respire un gaz irritant, vous pleurez (au hasard les oignons).

 - Hypothalamiques homéostatiques : L’hypothalamus impose une sécrétion basale de sécurité de tous les fluides pour ne pas assécher les organes.

- Limbique émotionnel : un souvenir triste vous fait pleure, un souvenir de bon repas vous fait saliver (ça, ça marche surtout chez les chiens, mais passons).

3- Un peu de pathologie : le syndrome des larmes de crocodile !

Reprenons l’anatomie : le noyau salivaire supérieur envoie ses fibres via le nerf intermédiaire de Wrisberg, qui est une petite chose insignifiante accolée au nerf facial. En cas de paralysie facial périphérique (syndrome de Bell), le nerf facial (VII) est structurellement lésé. Si cette lésion se situe en amont du ganglion géniculé, le nerf de Wrisberg peut également être atteint. Lors de la repousse, les fibres issues du noyau salivaire supérieur à destinées des glandes salivaires, sont supposées suivre leur trajet initial. Il arrive cependant que ne comprenant pas le plan du  métro, elles se trompent de passage et suivent de façon grégaire leurs collègues à destinées du ganglion pterygo palatin. Quand le noyau salivaire supérieur est stimulé, il active les fibres destinées aux glandes salivaires. Ces dernières aboutissant de façon non physiologique sur le ganglion pterygo palatin, le résultat est que d’une part il  n’y aura pas de salive du coté lésé, et que d’autre part, les glandes lacrymales homolatérales vont secréter tout ce qu’elles peuvent : ça donne des gens qui pleurent quand ils mangent. Pour info, l’autre nom de ce syndrome est le syndrome de Bogard.

Si vous voulez en savoir plus, cet article fait partie de la collection suivante :
Le système nerveux périphérique

et dans la collection
Neuro Anatomie




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