mercredi 12 août 2020

Complications neurologiques de la grossesse - partie 1



Le hasard ou le confinement lié au (ou "à la" si vous êtes des fans inconditionnels de l'académie française) COVID font que depuis un bon mois, j'ai vu en consultation aux urgences plusieurs femmes enceintes consultant pour des troubles neurologiques. Dans ces cas-là, il faut toujours se demander si la concomitance de la grossesse et des troubles neuros est une coïncidence, une complication ou, beaucoup plus subtile et souvent peu enseigné, une conséquence qui n'est pas en soi une complication et qui nécessite de bien réfléchir avant de se lancer dans des examen au ratio bénéfice/risque incertain. Du coup je vous propose d'en discuter un peu.


Dans cette première partie on va discuter des troubles neuromusculaires. Avant de vous faire croire que je suis très malin, un point important : j'ai dû réviser mes connaissances et ce que j'ai trouvé de plus détaillé est un article publié par medlink neurology (une sorte de super Wikipedia hors de prix réservé aux neurologues, ou à tout personne qui veut payer 400$ par an). Ce que vous allez lire est en grande partie issu de cet article.


On peut classer les troubles neuromusculaires survenant pendant la grossesse en deux catégories : ceux qui apparaissent de novo, et ceux qui préexistaient (sans forcément qu'ils soient connus) et que le grossesse révèle ou aggrave.

Dans le groupe des De Novo, le plus visible est la paralysie faciale périphérique (PFP). Pour vous donner une idée du problème, le risque de survenue d'une PFP double pendant la grossesse en passant de 20 cas pour 100 000 à 45 pour 100 000. Ces chiffres sont cependant à relativiser car être une femme et être jeune sont deux facteurs de risque de PFP. Les femmes enceintes étant plutôt des femmes et plutôt jeunes, il est un peu absurde de comparer ce qui leur arrive à ce qui se passe dans la population générale (c’est-à-dire en comptant les hommes et les personnes âgées). Mais passons sur ces détails pour nous intéresser aux conséquences de ces PFP. Les études sont peu nombreuses, mais la récupération spontanée d'une PFP survenue pendant la grossesse n'est bonne. Elle est quasi complète dans 90% des cas à 3 mois, mais est lente avec 48% de patientes encore gênées au bout d'un mois là où 88% des femmes non enceintes ont déjà récupéré après ce délais. Le plus problématique est que 10% des femmes ne récupèrent pas, avec un handicap résiduel pour s'alimenter, sans parler du problème esthétique. Toute la question est donc de savoir si ça vaut le coup de traiter. Pour rappel, les traitements, au nombre de deux (corticoïdes et antiviraux anti-herpes) n'ont prouvé leur efficacité que s'ils sont pris dans les 3 premiers jours. Et quand on parle d'efficacité, on parle d'une récupération dans 94% des cas contre 90% si on ne fait rien. Du coup on peut se demander si pour gagner ces 4% on prend un risque raisonnable en traitant. Là encore pour rappel, selon le CRAT, ni la cortisone ni l'ACYCLOVIR ne sont contre indiqués pendant la grossesse, donc sauf cas très particulier, mieux vaut traiter.


Et surtout surveiller. Parce qu'il existe une corrélation inexpliquée entre PFP et… pré éclampsie. Ne me demandez par pourquoi, je n'en sais rien. C'est quelque chose qui fait partie de ces trucs qu'on se dit entre neurologues sans rien de solide et j'avoue avoir découvert les données statistiques en lisant medlink : L'incidence de la prééclampsie est multipliée par 5 chez les femmes enceintes qui ont une PFP (avec taux de 20 à 22%). Donc aussi contre-intuitif que cela puisse paraitre, une femme enceinte qui présente une PFP doit se voir proposer une surveillance de sa tension artérielle pendant toute la grossesse et être informée sur les mesures à prendre pour diminuer les facteurs de risque d'éclampsie.


Ensuite (on m'a toujours dit de ne jamais commencer un paragraphe par ensuite) à cheval sur le groupe "complication de novo" et le groupe "révélation d'une pathologie sous-jacente" on trouve le syndrome du canal carpien : 34% des femmes enceintes s'en plaignent et 20% remplissent les critères ENMG. La prise de poids est le principal facteur de risque avec un risque élevé au-delà d'un gain de plus 11 kg et un risque faible pour un gain de moins de 9 kg. Là encore se pose la question du traitement. La cortisone soulage la douleur dans l'immense majorité des cas. Et après la grossesse seules 50% des femmes se plaignent de symptômes à un an et 30% à 3 ans. La chirurgie n'est donc à discuter qu'après l'accouchement (ça parait évident, mais on est parfois surpris par l'enthousiasme de certains collègues).


Ce qui nous amène à un des trucs les plus fréquents : les douleurs dorsales ou lombaires. Pour se donner un peu carde avec des chiffres, 67% des femmes enceintes en souffrent avec un pic entre le 5e et le 7e mois. Là encore les formes graves sont rares avec moins de 1 cas sur 10 000 de hernie discale. Dans la plupart des cas les symptômes disparaissent dans les 6 mois mais là encore se pose la question des examens à réaliser en aigu. Pour faire simple, les recommandations spécifiques des gynéco obstétriciens US (je n'ai rien trouvé de tel en France, mais peut-être ai-je mal cherché) proposent une IRM sans injection en cas de signe de gravité (déficit moteur ou sensitif ou syndrome algique persistant malgré une prise en charge kiné et la prise d'antalgiques simples) et ce quel que soit le terme. A discuter avec le radiologue.


Pas très loin de ces douleurs, on trouve les douleurs et/ou déficit du post-partum lié à l'accouchement. Cela se voit après 1% des accouchements, surtout dans le territoire L5 et surtout sous la forme d'une chute du pied. Le diagnostic peut se faire avec un ENMG en cas de doute, mais comme toujours, cet examen est surtout performant après 21 jours. En tout cas, ENMG ou pas, le pronostic est très bon avec une récupération complète dans les 3 à 6 mois (et encore moins en cas de prise en charge kiné) dans l'immense majorité des cas.


Avec ces déficits périphériques on a une transition assez facile vers des complications plus graves mais plus rares : les polyradiculoneuropathies aigues (AIDP) et chroniques (CIDP). Vous connaissez les premières sous leur nom propre : Syndrome de Guillain-Barré (SGB) (et Strohl. Tout le monde oublie Strohl alors que bon, il a été élu à l'académie de médecine à 35 ans et qu'il avait un doctorat de médecine et un de physique). La grossesse, en raison des modifications immunitaires qu'elle induit est un facteur d'AIDP et de CIDP. L'incidence reste faible à 2 pour 100 000 mais 2/3 des femmes atteintes nécessitent une assistance respiratoire, 10% des femmes gardent des séquelles, et le taux de mortalité est de 3% à 5%. En raison de la gravité de l’atteinte, un traitement par immunoglobulines (IgIV) est toujours indiqué, les corticoïdes étant quasiment inutiles (avec une très vague efficacité sur les CIDP). Le principal risque est que les IgIV sont un facteur de risque de complications thromboemboliques sur une grossesse qui les favorisent déjà très bien toute seule.


Et avec les CIDP on a une transition encore plus facile vers les maladies révélées par la grossesse et notamment la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1. Pour ceux à qui ça ne dit rien, c'est une neuropathie sensitive motrice qui se déclare habituellement dans l'enfance et qui est héréditaire. Comme beaucoup de maladies neurologiques il n'existe pas de traitement curable, cependant, bien prise en charge (là encore avec beaucoup de kiné), elle ne réduit pas l'espérance de vie. La grossesse peut révéler l'existence d'une CMT, et dans 22% des cas (de femmes atteintes) être le début d'une aggravation continue pour le reste de la vie. Ce qui signifie que dans 78% des cas les symptômes peuvent transitoirement s'améliorer. D'où la nécessité, même en cas d'amélioration, de proposer un ENMG en postpartum chez toute femme ayant présenté des signes déficitaires neurologiques périphériques sensitifs ou moteurs même régressifs.


Avec tout ça vous avez déjà de quoi lire pas mal. Dans un autre texte on parlera des migraines, des AVC, des thrombophlébites et de la SEP. Mais plus tard.



mercredi 6 mai 2020

Les troubles de l'impulsivité - les mécanismes cognitifs de la prise de décision.


  • Pour certaines personnes la médecine se résume à un schéma à trois étapes : le patient est malade -> le médecin fait des trucs -> le patient est guéri. Heureusement, à part à l'institut hospitalo-universitaire de Marseille ou dans les cabinets d'homéopathie, ils sont peu nombreux.
  • Pour la plupart des personnes la médecine consiste à trouver la bonne molécule ou combinaison de molécules et la bonne dose pour soigner. C'est proche du concept de Paracelse qui disait que c'est la dose qui fait le poison.
  • Pour beaucoup de médecins on peut rajouter que la bonne médecine nécessite de tenir également compte d'une part des notions de marges thérapeutiques, d'interactions médicamenteuses, de tolérance physiologique, de bénéfice et de risque individuels et collectifs, et d'autre part du contexte psychologique ou environnemental social du patient.
  • Pour les neurologues tout cela est distrayant, mais est trop simple pour avoir un quelconque intérêt dans les traitements des pathologies réellement neurologiques, c’est-à-dire celles où le dysfonctionnement du cerveau en lui-même est la cause de la pathologie, par opposition aux pathologies où le cerveau est victime d'une agression extérieure (comme par exemple dans les accidents vasculaires cérébraux où le cerveau est la victime du dysfonctionnement du système cardio-vasculaire).
  • Ce décalage entre la vision des plus primitifs d'entre nous et la réalité des bribes que l'on comprend du fonctionnement du système nerveux, explique en grande partie pourquoi par rapport à d'autres spécialités médicales, l'éventail des thérapeutiques neurologiques est faible pour ne pas dire anecdotique.
  • Et quoi de mieux pour vous illustrer ce gouffre que de vous parler des troubles de l'impulsivité, en prenant comme modèle la maladie de Parkinson, et plus précisément les effets indésirables de certains traitements de la maladie de Parkinson. 
  • Mais pour cela on va avoir besoin de plusieurs packs de connaissance distincts que l'on ne va réunir qu'à la fin de ce texte.

lundi 16 mars 2020

Parkinson et COVID

Suite à une série de tweets sur le la prise en charge des patients parkinsoniens atteints de COVID, voici une version blog avec un lien PDF




DISCUSSION DE LIMITATION THERAPEUTIQUE

En cas d’infection, les patients parkinsoniens peuvent présenter une décompensation de leur pathologie. Si la maladie classique se manifeste par des tremblements, une rigidité, et un ralentissement auxquels s’associent des troubles cognitifs et une dysautonomie, en cas de décompensation la rigidité, les troubles cognitifs et la dysautonomie peuvent être au premier plan. En raison de la totale réversibilité de cet état avec l’adaptation des doses de Dopa, deux messages sont à faire passer aux patients et aux soignants :

Un patient valide et autonome peut paraître dément et grabataire en cas de décompensation. D'où la règle :
TOUT PATIENT PARKINSONIEN GRABATAIRE ET DÉMENT NE L’EST QUE SI IL LE RESTE APRÈS UNE SUPPLÉMENTATION MASSIVE EN DOPA 

En raison des troubles moteurs gênant la déglutition, de la diminution de la motricité gastrique et de la dysautonomie, la résorption digestive de la Dopa peut devenir erratique. D’où la deuxième règle :
TOUT PATIENT PARKINSONIEN DÉCOMPENSÉ RÉFRACTAIRE AU TRAITEMENT NE L’EST QUE SI IL LE RESTE APRÈS PLUSIEURS ADMINISTRATION D’APOMORPHINE


INFECTION SIMPLE

Afin de prévenir les décompensation sévères, en plus des mesures de confinement et de protection recommandées pour toutes la population, il est possible de prescrire pour les patients qui pourraient avoir des difficultés à contacter leur neurologue, un traitement de secours à n’utiliser que si besoin.

1- LEVODOPA / BENSERAZIDE - MODOPAR 125 (100 mg / 25 mg) DISPERSIBLE QSP 6 PRISES / j
2- APOMORPHINE - APOKINON 30mg/3ml (1%) sol. injectable en stylo prérempli QSP 18 mg / j

Cet kit ne doit être utilisé qu’en complément du traitement habituel et uniquement en cas de symptôme d’infection. Dès les premier signes :

Adjoindre au traitement habituel ¼ de comprimé de MODOPAR dispersible. Posologie à augmenter par paliers de ¼ de comprimés jusqu’à un retour à la disparition des signes de décompensation, et ceux jusqu’à l’arrêt de l’infection.

En cas de perte d'efficacité, d’inefficacité ou de difficultés à prendre le MODOPAR, utiliser l’APOMORPHINE avec des injections de 1 mg SC toutes les 20 minutes jusqu’à ce que la déglutition soit à nouveau possible pour permettre la prise de MODOPAR.



MESURES DE PRÉVENTION

Dans tous les cas, il est opportun de revoir avec les neurologues traitants l’opportunité de maintenir des traitements anti parkinsoniens qui reposeraient principalement sur les agonistes dopaminergiques. Leurs risques et leur difficulté de maniement en cas décompensation doivent balancer leur bénéfice dans cette situation de risque extrême.

jeudi 6 février 2020

Cannabis, THC et CBD en neurologie.



Depuis 1990 (c'est précis) et l'identification des récepteurs cannabinoïdes dans le cerveau, il n'y pas un jour où le rôle du cannabis thérapeutique pour améliorer la prise en charge d'une des multiples pathologie neurologique n'est pas évoqué. Entre ceux qui estiment que c'est la porte d'entrée dans la toxicomanie universelle, ceux qui pensent que c'est un médicament miracle, ceux qui pensent qu'il y a de l'argent à se faire, ceux qui pensent que c'est le mal et ceux qui pensent que c'est le bien, il devient difficile de savoir où on en est vraiment. Voici donc un résumé des connaissances actuelles, résumé en grande partie issu de l'article : Cannabinoids and the expanded endocannabinoid system in neurological disorders, https://doi.org/10.1038/s41582-019-0284-z publié dans nature review neurology de janvier 2020.

Et puisque vous avez été très nombreux à me le demander, je vais reprendre les vieilles habitudes en vous faisant ce résumé à l'aide de Maryse et Pierre, que j'avais laissé se reposer depuis plusieurs mois.

Mais trêve de bavardage introductif, les lumières s'estompent, les trois coups retentissent, le rideau s'ouvre en silence, et nos deux protagonistes sont sur scène, un matin d'hiver, sur le parvis du QG secret de l'APHP.


samedi 18 janvier 2020

Sommeil et Mélatonine



C'est samedi soir et comme tous les samedis soirs vous allez faire des folies avec vos corps endiablés...ou pas. Parce que bon la semaine a été longue et qu'en fait vous en avez plein les pattes et vous iriez bien vous coucher.

Sauf que vous vous connaissez et...par fierté mal placée, vous refusez de céder aux exigences biologiques de cet exosquelette biologique bas de gamme communément appelé corps humain, et vous allez quand même essayer de vous coucher un peu plus tard que 21h30.

Et pour cela vous allez tricher. Pas la peine de mentir, tout le monde sait que vous avez un truc. Le café, le coca, le café au coca, le café+coca+RedBull, le coca+café RedBull+musique pourrie hyper forte, etc.

Et puis demain vous allez être défoncé, mais paradoxalement, rien que pour vous embêter, votre corps ne va pas vouloir dormir, et lundi vous serez encore plus défoncés.

Donc vous allez à nouveau tricher.

Certains vont se lancer dans la tisane (mais c'est pénible ça fait pisser), d'autres dans les somnifères (mais c'est pénible ça rend dépendant, et parfois ça donne des hallucinations).

Mais heureusement il vous reste (ou si vous n'en avez jamais pris, vous avez au moins entendu parlé de) la MELATONINE.

Trop cool.

samedi 27 juillet 2019

Pharmacologie des Antipsychotiques - version du potard.

Après un article intitulé : "Pharmacologie des Antipsychotiques", @PotardDechaine a pris le temps d'en rédiger un autre (avec une rapidité déconcertante ! Il est bluffant) qui donne une version pharma sur ce sujet. La voici ci dessous. Un très grand merci à lui. 



Le point de vue du Potard. 

Il est vendredi, vous être seul dans votre officine et vous vous préparez à passer un agréable week-end avec votre mari / femme, amant(e), famille ou autres quand soudain, un patient entre dans votre pharmacie et vous tend le document fatidique … Vous vous trouvez devant une ordonnance de neuroleptique prescrite par @qffwffq !!! Que faire ? En supposant que vous n’avez ni un abonnement à Prescrire, ni le temps de réviser votre cours de neuropharmacologie de 4ème année et que vous avez balancé la classification de Delay et Denicker  ; quelles sont les questions qui doivent vous venir à l’esprit du point du vue du pharmacien ? 





vendredi 26 juillet 2019

Pharmacologie de Antipsychotiques

Certaines classes thérapeutiques sont utilisées de façon très paradoxale : tout le monde les connait, tout le monde les utilise, mais cette familiarité entraîne paradoxalement un oubli de ce qu'elles sont vraiment, avec comme conséquence un emploi incantatoire où un nom de molécule est associé à une posologie sans que cela n'engage la cognition. Les antipsychotiques sont un des archétypes de cette utilisation incantatoire. La phrase sans verbe : "dix gouttes de Tercian" est par exemple parfois prononcée de façon réflexe en cas d'agitation, un peu comme "frite coca" quand on commande un burger. Du coup, je vous propose de revoir tranquillement quelques bases.

Pré Scriptum : @PotardDechaine en a rédigé une version plus axée pharma ici



samedi 4 mai 2019

Traitements de la migraine - MAJ 2019 - partie 2




Dans le précédent article (lien ici) on a survolé les mécanismes de la migraine. C'était un peu long mais nécessaire parce que vous allez voir qu'en raison de leur diversité et de leur complexité apparente (en réalité les choses ne sont pas si compliquées), les traitements anti migraineux sont incompréhensibles sans ces quelques bases.

Un autre point important qu'il faut toujours garder en tête quand on discute des traitements anti migraineux, c'est l’inadéquation entre les données issues de la pharmacologie et des essais thérapeutiques, les recommandations officielles ou des sociétés savantes, et les autorisations de mise sur le marché (les AMM).

En neurologie, la migraine est une des pathologies où ces trois éléments se recoupent le moins, ce qui place les prescripteurs en difficulté et complique la vie des patientes.

Vous allez voir qu'il existe des médicaments recommandés mais inefficaces, d'autres non recommandés, pas efficaces mais qui ont l'AMM, d'autres qui sont recommandés, efficaces, mais sans AMM, ou encore des médicaments avec des AMM plus restrictives en France que partout ailleurs bien que plus efficaces que d'autres.

Enfin, vous allez voir que le sujet n’intéresse pas du tout nos autorités de santé puisque les recommandations françaises les plus récentes (et donc officiellement toujours en vigueur) datent de 2001-2002 (c'est à dire une époque où on pouvait encore payer en francs).


mercredi 24 avril 2019

Mécanisme de la migraine (et rôle de la CGRP) - MAJ 2019 - partie 1




Vous ne le savez sans doute pas encore, mais dans quelques mois, nous allons être inondés par une nouvelle classe thérapeutique d'anti-migraineux : les anti-GRP. Pour vous préparer au choc, je vous propose une mise à jour sur la migraine en tant que maladie, et un début de présentation de ces nouvelles molécules.

Evidemment cet article est aussi une mise à jour de celui, plus ancien, concernant les traitement anti migraineux et que vous pouvez lire ici.

Mais commençons par le commencement : que comprend-t-on de la migraine en 2019 ?

La réponse est simple : plus de choses qu'il y a dix ans mais avec encore de grandes inconnues. Je vais détailler parce que ça va vous aider à comprendre le rôle des nouveaux traitements et le repositionnement des plus anciens.

Je vais également essayer de ne pas vous perdre, mais pour cela il vous faudra accepter certaines affirmations par moment (du moins jusqu'à la fin de l'explication).

dimanche 3 février 2019

Jeux vidéo et cognition



On va causer des jeux vidéo et de la cognition.

Si vous avez déjà lu des textes sur ce blog, vous remarquerez que cette introduction est anormalement courte. On va donc l'étoffer un peu. 

Je ne sais pas comment traiter correctement ce sujet. En soi il est tellement vaste, qu'il me faudrait un blog entier pour en parler, et à la vitesse à laquelle la recherche avance dans ce domaine, il me faudrait une veille importante pour essayer de suivre ce flots de nouvelles informations. 

Du coup, je vous propose une approche un peu différente, en restant dans la lignée de ce que j'ai déjà publié ici, c’est-à-dire présenter des notions très basiques, puis regarder comment on peut les associer pour comprendre des notions plus complexes. 

samedi 8 septembre 2018

De sel, du riz et de la neurologie.

Discutons un peu (texte très court) du sel de table dans les troubles neurologiques et accessoirement de quelques méthodes pou en contrôler les apports chez tout le monde. 

jeudi 9 août 2018

Freud, la neurologie, la psychiatrie et la psychanalyse.

Ce billet est la transcription d'un thread publié sur le compte twitter de @LaNeurologie


On parle beaucoup de Sigmund Freud en ce mois d'aout 2018. Si il est impossible de résumer en quelques phrases l'ensemble de sa pensée, il reste possible d'expliquer en quoi elle est à la fois révolutionnaire et dépassée.

vendredi 15 juin 2018

1920 - 1995 les anticoagulants anti vitamine K



Rose (pour des raisons évidentes de respect de l'anonymat, le prénom a été change) est bien. Nous sommes en 1927 dans les plaines herbeuses du Wisconsin. Le temps est chaud et humide, mais elle a trouvé un coin ombragé pour se reposer un peu à l'écart de ses cousines. Rose mâchonne un brin de mélilot. Elle aime bien le parfum sucré des fleurs, et le goût un peu amère des tiges. C'est le premier jour de beau temps depuis un mois. Le champ de foin dans lequel elle se trouve a une odeur d'herbe coupée prononcée bien qu'aucune tondeuse n'y soit passée. La raison de cette odeur est l'humidité qui a favorisé le développement d'une fine moisissure sur le mélilot blanc que Rose mâchouille. Alors qu'elle somnole, Rose ressent un vertige. Son cœur s'accélère et elle crache du sang. Elle essaye de se relever mais elle n'en n'a pas la force. Rose meurt soudain sous le regard impassible de ses cousines qui se contentent de remuer leur queue pour chasser les mouches. Comme vous l'avez deviné, Rose est une vache, et sans le savoir, elle vient d'enclencher une cascade d’événements qui vont bouleverser la pharmacopée humaine.

dimanche 20 mai 2018

critères SEP 2017, le flou de précision.



Le 18 juin est une date très symbolique. Bien évidemment spontanément tout le monde pense à la date de naissance de Charles Louis Alphonse Laveran, prix Nobel de médecine pour sa découverte du protozoaire du paludisme, mais c'est également la date à laquelle sur ce blog j'avais écrit il y a quatre ans le texte suivant : c'est quand qu'on est malade - une brève histoire de critères SEP.

(notez au passage l'effondrement grammatical depuis les textes de Laveran).

Pour les très curieux ce texte est toujours disponible ici, et reste valable pour décrire l'évolution des critères permettant d'affirmer le diagnostic de SEP, jusqu'en 2014. Pour les non curieux, voici l'introduction de ce texte :
La nature est nulle. Malgré ses millions d'années, elle est incapable de comprendre la médecine. La conséquence de cette ignorance est navrante : chaque année l'humanité forme des milliers de médecins qui se donnent la peine d'apprendre un somme considérable de savoirs, tout ça pour que la nature persiste à faire des malades qui ne sont pas comme dans les bouquins.
Non seulement, elle est nulle, mais elle est incapable de comprendre des choses aussi élémentaires qu'un "début", "une fin", voire même des notions aussi simples que « oui » et « non ». Bref, la nature a un QI de méduse. Les choses ne seraient pas si graves (après tout les méduses sont très heureuses dans leur ignorance crasse), si la stupidité de mère Nature n'avait pas de conséquences sur des gens bien réels.
Ce texte avait pour objectif de faire un point sur la difficulté à définir une maladie avec des critères précis, alors que dans la réalité, je me cite :" il y a un continuum parfaitement linéaire entre le moment ou quelques lymphocytes s'énervent tous seuls dans leur coin, et l'apparition des troubles neurologiques moteurs irréversibles".

Nous sommes quatre ans plus tard, de nouveaux nouveaux critères sont apparus, et je me suis dit qu'il pouvait être utile de refaire un point complet, 

dimanche 22 avril 2018

La neuro et ceux qui veulent l'instrumentaliser.



Pas mal de gens, pour donner du crédit à leur propos, font appel à des données scientifiques, en en modifiant parfois le sens de ces données, lorsqu'ils veulent vraiment avoir raison. C'est de bonne guerre. Après tout c'est le fondement même du débat que s'appuyer sur des faits que l'adversaire aura du mal à contester. En raison de ma formation je suis plus sensible aux usages faits des données issues des recherches en neurosciences. C'est très pratique les neurosciences. C'est à la fois quelque chose qui parle à tous (tout le monde fait l'expérience de la pensée par exemple) et c'est à la fois suffisamment mystérieux et complexe pour être réutilisé à toutes les sauces.

J'ai souvent utilisé quelques données de neurophysiologie de base pour illustrer mes billets de blog. Pour les rendre plus clairs j'ai intentionnellement anthropomorphisé certains éléments (je vous laisse découvrir les billets sur les méduses, sur la sensibilité ou la motricité si vous le souhaitez).

Jusqu'à présent je n'avais pas jugé intéressant de regrouper ces quelques briques de réflexion de base. Mais ça c'était avant. Depuis plusieurs mois, il y une recrudescence sur les réseaux sociaux et dans les médias de propos pseudo scientifiques qui instrumentalisent la neurobiologie ou la neuropsychologie.

Du coup, tout en continuant à anthropomorphiser certains éléments, je vous propose de revoir quelques éléments de base. Et comme il serait un peu aride de les présenter tels quels, on va voir si on peut, ou pas, s'en servir pour décrire nos réactions face à une idée nouvelle.

vendredi 20 avril 2018

Pathologies neurologiques chez les femmes.



Comme dans toutes les spécialité il y a un excès de mythes entre deux camps (excès de chaque côté) : ceux qui pensent que tous les humains sont identiques et ceux qui pensent que pour chaque caractéristique il existe une médecine particulière. En neurologie le débat fait rage depuis deux siècles (ceci est une figure de style car la notion de rage chez les neurologue est très abstraite. Elle ne se manifeste que par des modifications à peine perceptibles de hauteur de sourcils et d'inclinaison de commissures labiales). On va donc essayer de démêler vrai du faux et insister sur les spécificités, lorsqu'elles existent, des certains groupes humains et pour ce premier billet on va se concentrer sur le groupe humain majoritaire en France : les femmes.

mardi 17 avril 2018

Quelques notions de responsabilité des professionnels de santé



Tout le monde connaît (ou devrait connaître) la phrase : les soins doivent être attentifs, consciencieux et conformes aux données acquises de la science. Mais savez-vous d'où vient cette phrase ?

On va en discuter, et surtout voir comment cette phrase structure encore le notion de responsabilité des professionnelles de santé. Et on va aussi casser un peu quelques mythes sur le devoir d'information ou sur l'obligation de faire des staffs toutes les trois minutes avant chaque décision.

Bon bref, on va synthétiser une synthèse de la Cour de cassation oO

mercredi 7 mars 2018

Équilibre, vertige et neuro-ORL



Je ne sais si vous connaissez le jeu de rôle Donjons et Dragons. Ne dites pas non, tout le monde connaît ce jeu ne serait-ce que de nom. Il en existe de nombreuses versions (dites un nombre au hasard entre beaucoup et vraiment beaucoup et vous ne serez pas loin du compte).

Dans de nombreuses versions, si vous souhaitez jouer un personnage (c'est un peu le principe du jeu de rôle) qui est magicien, vous devez vous coltiner une règle totalement contre intuitive : les magiciens ne connaissent aucun sortilège. Rien. Même pas un peu. Genre même pas un tour de passe passe avec des cartes.

Pour être précis, les magiciens collectent lors de leurs aventures des sortilèges qu'ils écrivent dans un livre. Quand ils veulent lancer un sort, ils doivent lire leur livre et mémoriser le sort, ce qui dans le jeu est décompté en termes de temps. Bref, ils révisent leurs sorts. Jusque-là ce n'est pas très désarçonnant, mais la suite l'est plus : une fois qu'ils ont lancé leur sort, ils l'oublient. Totalement. Même si c'est le même sort tout pourri qui ne sert à rien à part allumer l'équivalent d'une LED d'un jouet pour enfant au bout de leur bâton…même s'ils l'ont déjà fait des milliers de fois… ils l'oublient. Et s'ils souhaitent le relancer, ils sont à nouveau contraints de le réviser. Re bref, ça paraît complétement absurde et irréaliste même dans un univers de jeu qui par bien des aspects est absurde et irréaliste.

Et puis…

Et puis un jour on ne sait pas pourquoi, on est un gentil étudiant en médecine, ou un interne en médecine, ou un assistant chef de clinique en neurologie, ou un praticien hospitalier en neurologie, voir un professeur de neurologie et….

On doit prendre en charge un problème de neuro ophtalmologie ou de neuro ORL. Et là on est comme les magiciens décrits dans l'intro : on a beau avoir bossé les cours et l'anatomie des centaines de fois, on est incapable de faire quoi que ce soit à part compulser avec frénésie les bouquins de neuroanatomie. C'est une espèce de malédiction, le cerveau humain n'est pas capable de retenir sa propre anatomie quand il s'agit d'ORL ou d'ophtalmo.

vendredi 23 février 2018

Choisir un antidépresseur en 2018.



Choisir un antidépresseur s'apparente parfois à la sensation qu'on a lorsqu'on pioche une carte "chance" au Monopoly : on ne sait pas sur quoi on va tomber, et bien souvent ce n’est pas le bon choix. Il existe des protocoles multiples, des habitudes multiples, des légendes urbaines multiples, et une certaine forme d'intox de la part de labo et de savantes multiples (au passage cela m'a permis de placer le mot multiple de multiples fois).

Pour ajouter à la confusion, j'avais prévu depuis quelque temps d'écrire un truc là-dessus (parce que moi aussi j’arrive à être flou). L'énorme étude publiée dans le Lancet ( https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30423-9b en libre accès) le 22 février 2018 m'a poussé à passer à l'acte (tout ça pour ne pas vous laisser croire que je suis capable d'écrire un truc comme ce qui suit en quelques minutes).

jeudi 22 février 2018

maladies du spectre IgG4


En regardant les commentaires généraux du blog, j'ai découvert les messages de X et de X' (désolé pour le ') qui se plaignent (en se roulant par terre) et me font remarquer que ça fait pas mal de temps que je n'ai rien écrit de réellement compliqué et inutile. Face à un tel défi, voici un billet qui devrait régaler les masochistes les plus exigeants.

On va donc parler des maladies du spectre IgG4 ou IgG4-RD, qui n'ont, comme on le verra, rien à voir avec les maladies à IgG4 (dont vous n'avez pas plus entendu parler), qui sont rares mais en fait probablement très fréquentes, et qui donnent des troubles neurologiques, mais surtout endoc, gastro, ophtalmo, vasculaire et… la liste longue.

Vous vouliez du hardcore, vous allez en avoir.